20.03.2018 par MG
num.277 avril 2018 p.05
Le conte de deux courbes de bruit

Ce titre est une modification du titre de l’œuvre majeure de Charles Dickens, «Le Conte de deux cités», en Anglais « A tale of two cities », au sujet de la Révolution française. Selon Laetitia Strauch-Bonart, qui écrit pour Le Point, ce livre est aussi connu pour son début magistral : «C’était le meilleur et le pire de tous les temps, le siècle de la folie et celui de la sagesse; une époque de foi et d’incrédulité; une période de lumières et de ténèbres, d’espérance et de désespoir, où l’on avait devant soi l’horizon le plus brillant, la nuit la plus profond ; où l’on allait droit au ciel et tout droit à l’enfer.»
Les deux courbes de bruit en question sont celles de 2009 et de 2019, qui figurent
dans ce fameux PSIA comme représentant celles du bruit des avions autour de l’aéroport de Genève. Selon ces données, qui définissent trois zones, la zone VA (valeur d’alarme, la plus bruyante), la zone VLI (Valeur de Limite d’Immission) et la zone VP (Valeur de Planification). A l’extérieur de ces trois zones il y a, bien sûr, la zone VIP (Valeurs d’Immissions Paisibles), d’où habitent un très grand nombre des membres du Grand Conseil de Genève.
La courbe de 2009 fut construite d’après une simulation sur ordinateur du trafic de l’aéroport en l’année 2000. Il sert toujours comme le cadastre de bruit officiel pour Genève, et on peut le trouver sur la toile via les deux URLs
http://noiselab.casper.aero/gva/#page=noise_contour
https://www.bazl.admin.ch/dam/bazl/fr/dokumente/Politik/Umwelt/Laermbelastungskataster/geneve.pdf.download.pdf/geneve.pdf
Selon la déclaration des impôts les propriétaires en ces trois zones peuvent multiplier la valeur locative par 0.7 (VA) 0.8 (VLI) ou 0.9 (VP). Par contre, il n’y a pas de réduction pour les malheureuses VIPs !
Et maintenant la courbe 2019. Il est quasi-certain que cette courbe sera plus importante que celle qui constitue le cadastre actuel, et on peut supposer que le prochain cadastre de bruit, qui doit être proposé en même temps que l’approbation du PSIA, sera à la base du nouveau cadastre de bruit. Mais, évidemment, cette courbe de bruit 2019 dépend des suppositions du trafic aérien en 2009, n’est-ce pas ?
Afin de mieux comprendre ces suppositions, on a obtenu des autorités à Berne le rapport EMPA du 3 novembre 2017 documentant la courbe de bruit PSIA à moyen terme (pronostic 2019). Un document qui peut être consulté sur le site de l’ARAG à l’URL
http://www.aragge.ce/PSIA/171103-Rapport-EMPA-courbe-PSIA-prognostic-2019.pdf
et qui contient bien des curiosités !
La première constatation est que le trafic aérien en 2019 est une projection qui considère qi’il y aura une augmentation des mouvements des grands avions par rapport au scénario de référence 2016 d’environ 1.6% par an pour la période du jour (06–22 h) et de 2%−12% par an pour les périodes de la nuit (22–23 h et 23–24 h). Ces estimations ne correspondent pas à la croissance récente de seulement 0.5% en 2016 et 2017. Notons également qu’on ne prend en compte que de «grands avions», un concept unique à la Suisse, qui n’inclut pas un bon nombre de petits engins à réaction, souvent dotés des mêmes types de réacteurs que leurs grands frères.
Deuxième surprise : aucune référence aux nouveaux avions censés être moins bruyants que la génération actuelle. Ainsi, en 2019, on aurait toujours beaucoup de bons vieux quatre réacteurs RJ100 (Jumbolinos), alors que notre compagnie Swiss les a déjà remplacés en 2017 par les Airbus A320Neo (qui n’y sont pas mentionnées en la projection pour 2019).
Avec également l’augmentation des vols de nuit, malgré le fait que le directeur de l’aéroport les avait décrits comme en forte diminution, il semble que cette courbe de bruit 2019, et probablement aussi le prochain cadastre de bruit, seront excessivement grands. Conséquence : plus de restrictions sur les droits de bâtir, perte de valeur des parcelles et une diminution des recettes fiscales.
Alors, si les autorités fédérales persistent à insister que l’aéroport doit continuer à accepter «la demande», qui, actuellement, ne consiste que l’augmentation des vols low cost, le futur risque de devenir «le pire de tous les temps, le siècle de la folie ; une époque d’incrédulité ; une période de ténèbres, de désespoir, où l’on avait devant soi la nuit la plus profonde ; où l’on allait droit à l’enfer.»

auteur : Mike Gérard

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