recherche
 
20.04.2011 par TM
num.208 mai 2011 p.05
La patinoire: le bilan

La glace de la Place du Bourg a épuisé beaucoup de salive et même fait couler de l'encre. Pascal Clément, responsable de la culture à la Mairie et coordinateur du projet, a accepté de m'offrir le survol d'un bilan mitigé.
Il souligne tout de suite que cette première expérience n'est pas sans bémol, même si elle a beaucoup plu à la population en général, mais moins aux riverains et aux commerçants.
Toutefois, selon mon interlocuteur, le chiffre d'affaire n'est pas nécessairement la raison de la déplaisance occasionnée: l'organisation, le bruit et l'accessibilité (des places de parc se trouvant obstruées) seraient en cause.
Ces propos rappellent ce lecteur se plaignant de l'apparence peu avenante de la Place du Bourg ainsi aménagée, et puis cette personne indignée par l'attitude de deux officiers de police, attablés, buvant, et fumant (avec peu d'égard pour les enfants) pendant leur service. Je me suis rendu moi-même sur place pour avoir l’avis du personnel, et cela m’amène à penser que c’est cette ambiance légèrement trop décontractée et non entièrement respectueuse qui est certainement au centre de l'agacement alentour.
Cependant, malgré ce contrepoids, malgré un casse à la buvette (qui s'est trouvée dévalisée de son stock), malgré les lamentations des cafetiers mis face à la concurrence de la buvette; malgré les diverses marées contestataires, l'enthousiasme populaire s'est traduit par une pétition, qui, selon le souvenir du responsable de la culture, rassemblait plus de 2000 signatures, poussant ainsi la Mairie à prolonger l'expérience d'un mois.
Et puis dans cette ambiance "olé olé", on peut aussi voir un signe de rapprochement, une amélioration de l'atmosphère générale, qui n'est pas toujours joyeuse dans la cité. Ainsi, on a permis à une quarantaine de personnes par jour (selon les loueurs de patins) de se retrouver sur la glace, à d'autres de venir s'abreuver, sans nécessairement aller s'essayer à la glisse et à des classes d'école de se livrer à la pratique du patinage. On notera aussi les cours d'initiation au hockey, qui ont été rapidement mis en place, dans cette ville où les associations sportives pullulent, c'est certainement encourageant!
Mais voilà, toute chose a un certain coût, et ce sont près de 70'000 francs, un chiffre encore provisoire, qui auront servi à mener à bien ce projet. Le montant est certes modeste à l'échelle de la ville, mais il soulève quelques questions, notamment celle des priorités de notre Commune et de ses investissements, en particulier, dans le domaine du développement durable, elle qui est fière de son titre de "Cité de l'Energie".
Or, comme chacun sait, et comme beaucoup semblent l'oublier, une patinoire, ça consomme, et ça consomme même énormément: ce sont près de 9000 francs qui sont passés dans la facture d'électricité, soit environ 50'000 kWh, l'équivalent de la consommation annuelle de 15 ménages, et de ce que produirait la même surface de 300 m2 en une année, si elle était couverte de panneaux solaires photovoltaïques. Les comparaisons pourraient continuer bon train, mais dans une ville comme Versoix, avec ses mérites, une telle leçon devrait être superflue.
Il est vrai, en effet, qu'on peut saluer l'initiative des décideurs d'avoir opté pour la société zurichoise Sport Projekt, qui cherche constamment à faire des progrès en matière de rendement et qui investit, entre autres, dans l'énergie éolienne à hauteur de plusieurs gigawatts.
En revanche, le fait que l'on n'ait même pas posé un seul mètre carré de cellules photoélectriques pour compenser cet excès de consommation devrait faire réfléchir un peu nos élus, et que personne n'ait spécialement cherché à poser la question du courant montre que, malgré ce titre honorifique de "Cité de l'Energie", des efforts restent à faire, tant par les actes que dans les esprits, encore trop insensibles. A titre informatif, d'ailleurs, il existe des patinoires synthétiques, qui, une fois installées, ne consomment plus d'énergie; nombre d'entre elles ont commencé à émerger en France et l'engouement est tel que j'invite les responsables à étudier ces alternatives de façon sérieuse, à une époque où la crise environnementale atteint un paroxysme chaque jour nouveau.
Enfin, nous avons évoqué avec M. Clément la question du choix de l'emplacement: à part le centre sportif, où le succès pourrait être affecté (bien que l'exemple de la piscine semble montrer le contraire), peu d'espaces suffisamment grands nous viennent à l'esprit, puis l'idée était également d'animer le Bourg.
Quant à savoir si l'expérience sera renouvelée l'année prochaine, le responsable de la culture ne peut pas encore se prononcer; cela dépendra des conclusions de son rapport et des autorités nouvellement élues, et à quatre ans, cette fois, d'une nouvelle élection.

auteur : Thomas Mazzone

<< retour