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12.05.2026 par ro
num.359 juin 2026 p.07
Semaine sans écran

Il est toujours réjouissant de voir des tentatives pour réduire le temps passé par les enfants sur l'écran. Les téléphones portables sont déjà interdits au cycle et en primaire, et on ne peut que saluer le projet « Semaine sans écran » lancé par la Ville de Versoix entre le 25 et le 31 mai pour les enfants de l'école primaire. Plusieurs activités sont proposées comme une « parenthèse » pour « redécouvrir le plaisir de jouer, créer, explorer et partager » (Versoix-Région, mai 2026).

Bravo! Comme nous l'explique le psychologue social Jonathan Haidt dans son livre Génération anxieuse (Les Arènes, 2025), le jeu libre et l'interaction personnelle sont clés pour le développement sain de l'enfant. Toute initiative qui nous éloigne de l'enfance basée sur les écrans et aide à rétablir l'enfance ancrée dans le jeu est la bienvenue.

Il est intéressant que la Ville décrit cet événement comme « un défi » aux enfants. Il semble que cette technologie a envahi notre vie au point où des activités créatives et physiques qui autrefois n'auraient rien eu de spécial, constituant le quotidien sain et normal des enfants, nous paraissent aujourd’hui osées, voire révolutionnaires.

Il ne s’agirait pas de « diaboliser les écrans ». Toutefois, si se séparer de nos écrans est devenu un « défi », pourquoi pas les diaboliser? Pourquoi pas reconnaître que les écrans et le tout-numérique sont devenus un fléau, que nous en sommes tous et toutes des esclaves, et surtout que nos enfants en souffrent ?

Ce n’est pas de notre faute. Diabolisons également les multinationales multimilliardaires du BigTech qui nous ont imposé cette technologie pour pirater l’attention et les données personnelles de nos jeunes et les convertir en bénéfices mirobolants. La nature addictive des algorithmes, et le fait que ces sociétés en semblent tout à fait conscientes sans vouloir y remédier, est démontré par les documents internes découverts lors de deux récents procès aux Etats-Unis contre Instagram et YouTube. Il faudra beaucoup plus qu'une petite « parenthèse » pour permettre aux enfants de s'épanouir naturellement en développant les compétences sociales que seules les interactions présentielles facilitent.
Plusieurs pays, dont la Suisse, examinent l’opportunité d’interdire l’accès des jeunes aux réseaux sociaux. La question doit être inversée : l’important, c’est d’interdire l’accès du BigTech aux cerveaux de nos enfants.

Tous les écrans ne sont pas égaux, ni toutes les activités proposées sur l’écran, dont certaines peuvent être bénéfiques à certains groupes. Le plus problématique est néanmoins le smartphone individuel, c'est-à-dire le téléphone connecté. Le mot « téléphone » est mal choisi : il s'agit plutôt d'un ordinateur extrêmement puissant qu'on glisse allègrement dans la poche de nos tout-petits « si jamais il arrive quelque chose ». On ne peut pas juger les parents pour vouloir protéger leurs enfants en leur donnant les moyens de rester en contact, mais est-ce que c'est le bon outil ? Est-ce qu'un enfant a vraiment besoin d'un accès individuel à l'Internet en permanence? Il est ironique que, tout en traquant un enfant dans le monde physique, il est tout à fait possible de le perdre de vue sur le Web.

Un rapport paru en 2025 (www.bark.us/annual-report-2025/), analysant 11 milliards d’activités numériques sur des comptes de réseaux sociaux autour du monde, révèle l’ampleur des dégâts chez de millions de jeunes. Exemples : le cyberharcèlement concerne 70% des pré-ados et 79% des ados; la dépression respectivement 45% et 51%; l’anxiété 23% et 48%; les pensées suicidaires 37% et 64%; les prédateurs 4% et 7%. Quel autre produit aussi dangereux serait même admis sur le marché?

S'il est réellement question de la communication avec les parents et les amis, il existe, comme on peut lire sur le site www.enfancesanssmartphone.ch, des alternatives plus sûres. De plus en plus de parents choisissent un « brickphone » pour leurs enfants. Il s’agit d’un appareil simple dédié aux appels et aux SMS. D’ailleurs, beaucoup de parents se mettent d’accord entre eux, dans un « pacte parental », pour attendre l’âge de 14 ans avant de donner un smartphone à leurs enfants.

Les parents passent un temps fou à discuter des écrans ou à apprendre à appliquer les soi-disant (et facilement contournables) « contrôles parentaux ». Donc allons-y, diabolisons volontiers les écrans ! Et encourageons nos enfants, le temps d’au moins une petite semaine, à lever les yeux vers le ciel, les arbres et autrui ! Vive la vie !

Nigel Lindup

 

auteur : rédacteur occasionnel

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