Avec une hausse de plus de 4'000 spectateurs, soit une augmentation de 20% (un record), le Festival international de cinéma Visions du Réel à Nyon s'est avérée une nouvelle fois particulièrement riche (164 films émanant de 75 pays) et exigeante autant au niveau visuel qu'éthique.
Invitées d'honneur, Kelly Reichardt et Laura Poitras sont les dignes représentantes de cette double rigueur avec des œuvres qui explorent les hommes et femmes en marge de la société (Certain Women, The Mastermind pour la première) et les dérives possibles des démocraties qui s'éloignent du droit et du respect des minorités (CitizenFour, Cover-Up pour la seconde).
Un regard d'une poésie inouïe
Autre femme à l'honneur, la Chinoise Xisi Sofia Yse Chen avec son premier long-métrage La Noche de Infancia (Dawn to dawn) qui a remporté le Grand Prix de la Compétition internationale. À travers le portrait à bonne distance de son frère A Wen, directeur de restaurant asiatique dans la capitale catalane, la réalisatrice donne à voir sans complaisance les défis de la communauté chinoise pour s'intégrer à Barcelone.
Ce cinéma très stylisé au niveau des lumières et des cadrages, non sans rappeler les films du Taïwanais Hou-Hsiao-hsien (surtout Goodby South, Goodbye), réussit à capter avec subtilité les déchirements de ce trentenaire entre les valeurs bouddhistes familiales, un passé de gangster et son aspiration à harmoniser sa double cutlure.
La beauté comme acte de résistance
Le deuxième prix de Visions du Réel 2026 a été attribué à Hassen Ferhani avec Alea Jacarandas, son 7e long- métrage. Cette balade dans les rues algéroises en quête des quelques 200 jacarandas, imposants arbres à fleurs mauves, est comme un prétexte assumé pour enrichir la relation avec son père écrivain. De déambulations en digressions, Hassen Ferhani entrelace les histoires romaines et berbères avec l'orientalisme des Européens à propos d'Alger la Blanche. Et aussi les années de guerre d'indépendance vécues par son père avec celles de la décennie noire des années 90 traversées par le cinéaste.
Un film profond sur le rôle de l'écriture pour lutter contre l'oubli et de la beauté fleurissant comme autant de pétales d'amour et de mémoire.
La solidarité en fête
Sélectionné parmi les 3700 inscriptions au Festival, Tricontientale, Lettre à ouvrir au cas où, ce 3e long- métrage de la Versoisienne Laura Cazador (après Insumisas, Autour du feu) revient sur les engagements de la révolutionnaire Michèle Firk. La cinéaste suit un dialogue ou plutôt une résonance entre son itinéraire et celui de Firk. Comme MIchèle, Laura est devenue très tôt sensible aux injustices sociales. Elle aussi a vécu longtemps à Cuba. Les deux sont prises de passion pour le cinéma et l'écriture. Le film tisse un réseau de correspondances militantes de Paris à La Havane, en passant par Genève et Alger.
Images d'archives inédites, extraits de films de René Vautier, Gillo Pontecorvo, Guttiérez Alea, lettres et articles de Michèle Firk, actualités cinématographiques cubaines, Che Guevara à l'ONU, la matière de ce film est l'humain. Ses errements, ses rêves, ses victoires et ses absences. Outre la Conférence de La Havane en 1966 rassemblant plus de 100 nations du sud global, la Tricontinentale est une vision solidaire et d'espérance contre toutes les dominations. En première mondiale, le film a galvanisé le public.