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28.08.2012 par JJ
num.221 sept. 2012 p.15
Politique économique du canton

Où sont les résultats ?

Le canton connaît depuis une bonne décennie une croissance économique formidable, selon les termes des élites économiques, politiques, voire des médias.
Il semble temps aujourd’hui de jeter un éclairage moins angélique et plus interrogateur sur les objectifs,mais aussi les résultats de cette croissance «formidable» pour les citoyennes et citoyens de ce canton.

Chômage

Commençons par le chômage. Le chômage à Genève est sensiblement plus élevé que dans le reste de la Suisse depuis 1990 (1,2% à Genève contre 0.5% pour le reste de la Suisse). Depuis, l’arc lémanique, sous l’impulsion de Genève et Lausanne a expérimenté une période de forte croissance économique. Cela a-t-il fait baisser le chômage? Non.
Les statistiques sont sans pitié, de 1990 à 2012 le taux de chômage est passé de 1,2 à 6%. Alors bien sûr on va nous sortir la crise de 2000 et la crise de 2008. Et c’est sans doute un peu vrai, même si le chômage augmente régulièrement de 1990 à 1994 où il atteint 7,6% et baisse ensuite jusqu’à 4% au début des années 2000 avant de remonter à 6-7% aujourd’hui. Le chômage en Suisse comparativement augmente aussi, ce qui tend à montrer la globalité du problème, inhérent au système de croissance industrialisée poursuivie par tous les pays. Néanmoins, depuis les années 1990, le taux de chômage de Genève s’est durablement fixé à environ deux fois ce qu’on trouve dans le reste de la Suisse, notamment dans des cantons qui ne disposent pas des ressources de notre canton. Or cet indice est d’autant plus intéressant lorsqu’on le combine avec celui du pouvoir d’achat.

Pouvoir d’achat

Pour le pouvoir d’achat c’est un peu plus compliqué, car il n’existe pas de statistiques simples qui compileraient les coûts non seulement des biens et services, mais aussi du logement et des assurances obligatoires en rapport avec le salaire moyen. La statistique des loyers est également un peu faussée, car elle compile le loyer moyen de tous les logements alors qu’il eût été plus éclairant d’avoir la moyenne des loyers des logements qui sont sur le marché pendant la période donnée. Il n’est pas rare de connaître un exemple de logement 4-5 pièces à moins de 1000frs et d’ouvrir les journaux pour voir qu’un tel logement se négocie aujourd’hui entre 2500 et 3000frs, voire plus. Or les citoyens de ce canton sont directement concernés par ce chiffre-là, car les jeunes à la recherche de leur premier logement y seront tous confrontés. Or ces jeunes ne travaillent de loin pas tous dans les multinationales que l’état à fait venir à grands frais de rabais fiscaux. Ils n’auront donc pas les salaires nécessaires pour subvenir à leurs besoins et seront contraints de pointer à l’aide sociale, au chômage, etc.
On en arrive donc à l’argument suivant que l’on entend souvent. La croissance économique soutenue, avec l’arrivée de nombreuses multinationales et un solde migratoire important (qui corrobore la thèse que les nouveaux emplois créés ont principalement été occupés par de nouveaux arrivants), a permis à l’état de toucher de grosses rentrées supplémentaires qui ont permis de développer de nombreux services publics pour la population. Bien entendu, c’est vrai, il suffit de regarder l’augmentation des budgets des collectivités et c’est compréhensible puisque le nombre de contribuables a augmenté. Cela revient pourtant à dire que le but de notre société est de gagner de l’argent en attirant des entreprises et personnes étrangères pour payer des services à la population; il me semble que l’on devrait plutôt se questionner sur comment poser les meilleures conditions économiques pour créer de l’emploi pour les citoyennes et citoyens du canton.

Logement

Cette vision économique à des conséquences. Notamment elle empêche de voir les véritables problèmes qui en résultent. Le problème de logement que l’on connaît en est une conséquence et la solution n’est pas seulement de construire plus de logements, mais de réfléchir comment ralentir la machine, sinon on devra toujours construire plus, ce qui est difficile dans un environnement limité, qui plus est déjà fortement urbanisé. Aujourd’hui ce que le gouvernement devrait faire pour y voir plus clair, c’est mandater une étude comparative sérieuse sur l’état du chômage, des services sociaux et des différents services que l’état rend disponibles à la population.

Comparaison

En effet, il est temps de comprendre les facteurs qui font que Zurich, qui dispose d’un revenu cantonal par habitant comparable, a un chômage moins élevé, des coûts de services sociaux moins élevés, moins de dettes et une qualité de vie que de nombreuses études considèrent comme supérieure. De même, pourquoi un canton comme Fribourg, qui n’a pas attiré autant de multinationales que Genève, ne dispose pas d’un aéroport, ni d’une renommée internationale, a pourtant un taux de chômage moins élevé que Genève, moins de gens aux services sociaux et une dette cantonale bien moins élevée. Il faut cesser le petit jeu des appréciations subjectives, mienne comprise, et se confronter à la réalité: la politique économique de croissance menée par le canton est un échec sur le plan de la réduction du chômage, de la lutte contre la précarité et de l’augmentation de la qualité de vie des citoyennes et citoyens de ce canton.
En clair, le temps des congratulations sur la croissance économique et les discussions de café du commerce sur les convictions économiques des uns et des autres est révolu et toute personne qui prétend vouloir augmenter l’autonomie des citoyennes et citoyens, limiter les dépenses publiques aux services essentiels qui doivent être fournis par l’état et garantir une qualité de vie à toutes et tous dans ce canton devrait en premier lieu plonger sa réflexion sur la résorption du chômage local, comment sortir les gens du social et trouver une solution au problème du logement, sans doute plus complexe que le simple: «il faut construire plus».

Jérémy Jaussi

auteur : Jérémy Jaussi

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