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Alan Roura au passage du CapHorn le 16 janvier 2017
Photo du débarcadère de Versoix de Bernard Zumstein, envoyée à son ami Alan Roura comme un clin d'oeil pour son passage du Cap Horn
La température redevient plus clémente après le passage du Cap Horn
21.01.2017 par PAD
num.265 février 2017 p.24
Alan Roura- Versoisien, gladiateur et MacGyver des mers

Il n'a pas fini de nous étonner "le gamin" du Vendée Globe, nous l'avions laissé dans la dernière édition de ce journal, au début décembre après 3 semaines de course, dans l'Atlantique sud, s'écartant du trajet idéal, rasant les côtes du Brésil pour capter du réseau. Il était alors en 22e position - confiant malgré ses 23 ans et son statut de plus jeune skipper du Vendée Globe de tous les temps - s'enfonçant dans le froid et les conditions plus mouvementées du grand sud.
Depuis cette date que d'aventures et d'émotions ont été partagées par de nombreux versoisiens grâce à ses messages quotidiens (sur le site alanroura.com ou sur vendeeglobe.org). Il nous a prouvé ses capacités, sa force de caractère, sa force physique en réussissant à changer un safran dans la tempête - une performance inédite - à braver les vents et la mer agitée et à coller à ses concurrents malgré l'ancienneté de son bateau - La Fabrique - avec lequel il entretient une véritable fraternité.

Cinquante jours plus tard, après ses témoignages du passage du Cap
de Bonne Espérance le 6 décembre, du Cap Leeuwin le 20 décembre, et du Cap Horn le 16 janvier, après les messages émus à sa compagne et à ses deux équipiers à terre, après la rencontre extraordinaire le 26 décembre avec deux de ses concurrents à l'entrée du Pacifique sud où ils ont chanté "petit papa Noël" accrochés à leur étai, après les abandons successifs d'une dizaine de ses concurrents, souvent suite à des collisions avec des OFNI (objets flottants non identifiés), après les dépressions tempétueuses qui vous rattrapent, chaque jour apporte son quota de soucis, de réglages, de fatigue ou de découragements desquels il faut rebondir, comme après cet épisode héroïque du 3 janvier où dans un vent de près de 100 Km/h et une houle de 6 mètres, Alan a failli couler suite à une collision avec un OFNI qui a arraché son safran tribord en créant une voie d'eau qu'il a réussi à colmater.
Il raconte : Je coulais petit à petit. L'eau a commencé à s'infiltrer partout où elle pouvait. Y compris dans la cellule de vie. Le temps presse et je n'ai alors pas d'autre solution que de boucher en priorité la voie d’eau, avant de penser au reste. Le bateau était très instable, j’ai donc pris la décision d'affaler la grand voile pour laisser mon J3 à contre, la quille sous le vent afin de vraiment le coucher. La seule solution était de mettre en place le safran de secours, mais dans 45 noeuds c'était du suicide. Mais c'était ma dernière chance pour sauver le bateau, je ne comptais pas rester à le regarder prendre l'eau et s'engloutir petit à petit. Le safran dans la main, le harnais de montagne à poste, un bout de bout et il ne restait qu’à espérer que ma bonne étoile soit toujours avec moi. J'ai jeté le safran à l'eau puis l'ai tiré par le bout pour l'amener entre deux vagues et l'encastrer dans son logement. Mais il a fallu se suspendre au cul du bateau pour l’aider, attaché et pendu à 5 mètres au-dessus de l’eau. J'avais peu de chance d'y arriver. Mais après 30 minutes de rage, de pleurs et d'envie de sauver la Bigoudène, j'ai fini par réussir à le mettre en place.
Voilà sans doute l'événement dramatique le plus fort qu'il a réussi à surmonter, faisant d'Alan Roura le MacGyver du Vendée Globe le plus admirable.

Aujourd'hui, 20 janvier, alors que les 2 premiers -Armel le Cléac'h et Alex Tompson - sont arrivés aux Sables d'Olonne en battant de presque 4 jours le record de ce périple, Alan Roura est toujours au contact et en régate avec trois autres bateaux à 6'000 mn de l'arrivée dans la remontée de l'Atlantique, à peu près là où nous l'avions laissé il y a environ deux mois. Dans son message du jour 76 il parle du débarcadère glacé de Versoix, de ses copains Bernard Zumstein et Gibus :
J'ai reçu une photo assez incroyable sur un ponton de Versoix, en Suisse, un clin d'oeil de Bernard Zumstein, grand marin, qui a su me faire comprendre à sa manière que ce que je faisais était hors norme. Il m’a vu grandir, de fils de ferblantier du vieux quartier de Versoix, qui vivait sur le lac Léman, à l'homme que je suis devenu aujourd'hui sur le Vendée Globe 2016.
En Suisse, nous ne sommes pas des milliers de navigateurs au large, mais chacun d'entre nous le fait avec passion et avec l'envie de ramener cette culture dans notre beau pays. Je pense à Gibus (Gilbert Rumo), qui dans les années 80 est devenu, comme Dominique Wavre, un des premiers marins à tourner autour du monde en course, à l'époque de la Withbread, aujourd'hui devenue Volvo Ocean Race, avec Pierre Fehlmann. Gibus a toujours été là pour me soutenir, tout comme beaucoup de ces « vieux de la vieille ». Comme on me dit souvent : « Alan, tu es né 30 ans trop tard, tu est un marin à l'ancienne ! »

 

Il lui reste environ un mois de course pour retrouver sa compagne et nous souhaitons que son nouveau défi de couvrir ce tour du monde en moins de 100 jours puisse se réaliser. Mais peu importe, il est déjà pour nous le héros suisse de l'année et nous avons encore un peu de temps pour l'accueillir comme tel ... comme un nouveau Guillaume Tell versoisien !
Bons vents Alan, le plus dur est fait et l'on reste en pensée avec toi ! Bravo ! A très bientôt !

Images empruntées au site alanroura.com et à Bernard Zumstein

auteur : Pierre Dupanloup

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