recherche
 
 
19.11.2018 par YR
num.284 déc.2018-janv.2019 p.06
Au Conseil municipal, l’abstention a failli geler le budget

 Au Conseil municipal, l’abstention a failli geler le budget

« Félicitations à ceux qui ont bravé les éléments », lançait Patrick Malek-Asghar (PLR, maire) à son auditoire. La phrase était à l’origine érigée en boutade quant aux premières neiges qui s’abattaient au dehors.

Cependant, elle a gagné un second sens : solidaire du budget présenté ce soir-là, M. Malek-Asghar peut également dire merci aux 12 conseillers de l’entente qui l’ont approuvé sans sourciller. 12 pour face à 10 abstentions, c’est une faible marge. La victoire à quelques centimes près.

Car c’est bien du centime additionnel — comprenez, du taux d’imposition au niveau communal — dont il a été largement question.

Budget 2019, « un budget de transition »

Devant un budget déficitaire de plus d’un million de francs, les fractions partisanes de Versoix ont laissé tomber leur collégialité de façade. Quitte à prendre des positions antithétiques à leur philosophie profonde.

Le PLR, pourtant chantre des budgets équilibrés, de la dépense maîtrisée et du « moins d’État », fait partie de la coalition de centre-droit aux affaires. Il lui faut donc justifier un vote favorable à ce budget rougeaud.

Le maire, appartenant au parti, a rappelé que ce déficit est dû à des recettes fiscales prévues à la baisse. Comme il ne s’agit que de prévisions, et d’une apparente exception vis-à-vis des précédents exercices, il mise sur l’optimisme. Pour M. Marquis (PLR), il s’agit « d’un budget de transition, de stabilité, de sécurité », car malgré le déficit, aucune prestation n’a été sabrée.

Sans surprise, le PDC a suivi son grand-frère.

« La responsabilité de l’entente »

Dans une prise de parole qui s’axait pourtant sur le fort désaccord avec la gestion budgétaire et fiscale de la commune, M. Jaussi (Verts) a appelé à l’abstention, car « nous apprécions qu’aucune baisse de prestation n’ait été faite dans ce budget ». Preuve que le mantra versoisien de collégialité a encore de beaux restes, malgré ce qui va suivre.

Car de l’intervention du vert, on retiendra cette saillie sur les baisses d’impôts voulues (et obtenues) par l’entente au fil des ans : « Il faudrait augmenter les impôts de 3 centimes juste pour éponger le déficit, même pas pour financer de nouveaux services. Ce déficit, c’est la responsabilité de l’entente ».

Le PS s’est rangé à l’avis des Verts. Seule différence : il a ouvert les consignes de vote, autorisant ses membres à refuser le budget. Qu’on se rassure, personne ne s’y est risqué. Le MCG s’est également abstenu, mais sans pour autant remettre en cause les baisses d’impôts. Chacun son bréviaire.

À cet appel à défaire les allégement fiscaux consentis par la commune, M. Marquis (PLR) a fait observer que le véritable déficit est en fait plus élevé que celui porté en dernière ligne du budget : 3 millions de CHF au lieu d’1,5. La commune espère une réduction de la baisse des revenus lors des prochaines estimations du canton.

Un centime cher ? Vérifions.

Or, selon cette arithmétique, « il faudrait augmenter le centime encore plus, à 6 centimes ! », alors même que « le centime à Versoix est l’égal de celui de la ville de Genève » (45,5), qu’il considère comme « cher ».

Dans le canton, en 2018, le centime additionnel moyen est de 42. Oui, à Versoix, il est donc plus haut de la moyenne… mais finalement, d’assez peu. Les communes de Aire-la-ville (50), Avully (51), Chancy (51), Onex (50,5) ou encore Vernier (50) pratiquent des taux plus élevés encore.

En revanche, des communes très aisées et finançant pour certains une quantité bien plus modeste de services aux habitants tirent la moyenne vers le bas. C’est le cas de Céligny (33), Genthod (25), Cologny (29) et Collonge-Bellerive (29).

Comme souvent en politique, chacun verra midi à sa porte, en fonction de ses idées et de son étiquette partisane. « Cher », c'est tout relatif.

Maladresse autour de la petite enfance

Nos lecteurs les plus attentifs se souviendront qu’au précédent numéro, nous relevions une baisse de 49’000 CHF au budget de la fondation EVE pour la Petite enfance. Inexpliquée auparavant, cette variation a trouvé sa réponse dans le budget de la fondation, également soumis au vote ce soir-là.

La baisse s’explique surtout par une erreur arithmétique : 45’270 CHF de frais hypothécaires ont été omis dans toutes les versions précédentes du budget de la fondation, et donc, par ricochet, dans l’enveloppe consentie dans le budget 2019 de la commune. Ils ont donc été approuvés en amendement budgétaire de dernière minute.

D’autre part, la somme restante (3’000 CHF environ) est imputable aux différences entre le budget 2018 (la somme prévue à l’origine, fin 2017, comme subvention pour la fondation) et la somme effectivement versée au cours de l’année 2018, qui a pu marginalement varier.

En bref

  • Lors de la présentation d’une motion contre l’usage des plastiques à Versoix, M. Richard (Verts) a menacé : « une bouteille de plastique est vendue chaque minute dans le monde ». Si le monde se limite aux supermarchés versoisiens, on veut bien le croire.
  • La réfection de la route de Suisse prend à nouveau un peu de retard (soyez chics, feignez la surprise) étant donné la pose d’une canalisation de chauffage à distance par les SIG. Vivement les travaux à distance, en réalité virtuelle.
  • Un crédit de 65'000 CHF a été approuvé à l'unanimité des 22 présents pour l'installation d'un deuxième équipement d'entraînement urbain. À vos biceps !

Texte et photo : Yann Rieder

auteur : Yann Rieder

<< retour