recherche
 
15.10.2019 par YR
num.293 novembre 2019 p.08
Aéroport de Genève : salle comble et huées à Genthod

Aéroport de Genève : salle comble et huées à Genthod

Le soir du 9 octobre dernier, l’atmosphère était palpable dans la salle communale de Genthod. Le maire PLR de la commune, Wolfgang Honegger, n’avait « jamais vu » un évènement faire salle comble.

Pourtant, ce soir-là, elle était bien pleine à craquer d’habitants de la rive droite venus entendre les explications de Genève Aéroport et des autorités cantonales. Mots que beaucoup ont rejetés, désapprouvés, remis en cause.

Pas assez pour Versoix

Ce soir-là, les intervenants de l’Aéroport et du Canton se sont affairés à défendre le règlement de mise en oeuvre de la première « fiche PSIA » — ou « Plan sectoriel de l’infrastructure aéronautique ».

Le règlement débattu, mis à l’enquête publique pour un mois seulement (18 septembre au 17 octobre), le délai légal prévu pour ce type de texte selon les représentants du canton, a déjà provoqué l’ire de la commune de Versoix, qui s’y est formellement opposée.

Lors du Conseil municipal d’octobre 2019, les autorités communales ont unanimement reproché aux personnes morales concernées de n’agir qu’à la marge, alors que l’activité de l’Aéroport (diurne et nocturne) est perçue comme une source majeure de pollution sonore, mais aussi un fort contributeur à la pollution de l’air. En bref, le PSIA et le règlement d’application attenant ne seraient qu’une simple goutte d’eau en plein désert.

On fait ce que l’on peut, plaide en substance l’Aéroport

André Schneider, directeur de Genève Aéroport depuis 2016, a défendu les nouvelles dispositions en présentant une projection de l’augmentation du nombre de passagers de 3% ou moins, l’introduction de quotas pénalisant les compagnies aériennes faisant décoller des vols en retard (c’est-à-dire dans la période-tampon de 22h-minuit), et la construction d’une sortie rapide en piste 04 afin de réduire le bruit et les émissions générées par certains départs.

Selon M. Schneider, ces mesures sont pour certaines uniques en leur genre (l’introduction de quotas) ou sont la preuve d’une volonté de retenue dans le développement de l’aéroport (augmentation annuelle du nombre de voyageurs de moins de 3%).

Selon toute vraisemblance, il voulait montrer l’image d’une structure à l’écoute des habitants touchés, d’un homme décidé à faire de son mieux : « autant que le canton et la confédération, nous sommes convaincus que si nous ne continuons pas à réduire son impact, l’aéroport n’aura pas de futur ». Mais, tempère-t-il aussitôt, il est « aussi important pour nous, qui offrons un service à l’économie de Genève et à la Genève internationale, de maintenir l’offre qui permet de répondre à tout cela ».

Curb Your Enthusiasm

L’exposé du directeur a ensuite basculé sur l’épineuse question des courbes de bruit. Pour faire simple, une courbe de bruit définit une aire du territoire où le bruit généré par l’Aéroport (le décollage et l’atterrissage d’avions) dépasse un certain seuil. À l’intérieur de la courbe, l’on considère que le passage des avions a un impact significatif en terme de bruit. En dehors, l’on estime qu’il est négligeable.

Dans un premier temps, selon les prévisions présentées par Genève Aéroport et le Canton de Genève, la courbe de bruit recouvrira en 2022 une plus grande portion du territoire qu’en 2019. Ceci étant, les estimations données promettent également une réduction de la courbe de bruit d’ici à 2030. Dans 11 ans, promet le règlement, l’aéroport devra présenter un impact inférieur à celui de 2022, et même de 2019… Sans pour autant être plus limité qu’en 2009.

Les représentants des autorités cantonales n’ont pas affiché de désaccord ou de mesures différentes de celles évoquées par Genève Aéroport. Ils ont préféré s’en tenir à une salve d’explications techniques concernant les courbes de bruit, ainsi qu’à un rappel des délais de l’enquête publique.

Et l’air, dans tout ça ?

Ce soir-là, tout était reproché à Genève Aéroport et au canton. De n’en faire pas assez pour une rive droite du territoire cantonale, en général, mais aussi des griefs plus précis.

Aux autorités cantonales, un membre du public a demandé plus de précision quant aux courbes de bruit. Comment savoir si le bruit augmentera à un endroit précis — et de combien — dans une courbe de bruit qui s’étend plus largement sur le territoire ?

Réponse du canton : le nombre de décibels décroît à partir du centre de la surface concernée. On en restera là, le canton admettant que cette imprécision est une « faiblesse de la législation » ordonnant que ces problèmes soient analysés en fonction de la fameuse courbe de bruit.

Plus tard, un ancien Conseiller administratif du Grand-Saconnex a questionné le directeur Genève Aéroport quant aux actions prévues pour lutter contre la pollution de l’air, notamment à proximité de l’aéroport. M. Schneider lui a concédé « on s’est beaucoup concentrés sur le bruit » au moment d’établir la fiche PSIA et son règlement d’application.

Il a soulevé le fait que les avions de nouvelle génération sont à la fois moins bruyants et consomment 20% de kérosène en moins. Il a ensuite présenté toute une gamme de mesures visant à encourager les passagers à emprunter les transports publics. De quoi repeindre le logo de Genève Aéroport en vert, mais probablement pas assez pour répondre à « l’urgence climatique » reconnue aujourd’hui par de nombreux gouvernements.

Déconnexion totale ?

Autre intervention marquante, celle d’un propriétaire curieux. « Qui va dédommager les propriétaires de secteurs qui s’apprêtent à être considérés comme inconstructibles ou difficilement constructibles ? ».

Réponse du directeur de Genève Aéroport : « Chaque propriétaire concerné par une perte de valeur peut faire valoir ça auprès d’un tribunal ; c’est Genève Aéroport qui paye » si le préjudice est reconnu.

Peut-on vraiment attendre de toutes les personnes potentiellement concernées par ce problème d’avoir le temps et les moyens financiers de se lancer dans une aventure judiciaire ? Il paraît raisonnable d’en douter.

Cette réponse illustre probablement le mieux la déconnexion entre le public de la rive droite et Genève Aéroport. D’un côté, des habitants agacés par le bruit déjà subi, outrés par l’augmentation prévue à court terme et la modeste baisse promise à long terme, inquiets d’une politique peu ambitieuse quant à la protection de l’environnement, et à qui l’on indique qu’en cas de préjudice, il n’y a qu’à se tourner vers les tribunaux.

De l’autre, un aéroport et son canton, déterminés à faire passer cette fiche PSIA et son règlement dans un contexte de retard national (Zurich en a déjà passé deux !), affichant la posture de ceux qui veulent ménager la chèvre et le chou, la croissance de l’économie et le sommeil des habitants.

Et, enfin, un directeur de Genève Aéroport qui, au moment d’afficher une diapositive consacrée aux « demandes d’allègements » que l’aéroport fera aux autorités fédérales pour se permettre d’exposer certaines zones à un bruit supérieur aux limites fédérales, a passé à ladite diapositive après quelques petites secondes, comme si il craignait qu’elle soit lue.

La diapositive en question, de nouveau exposée après les protestations du public, est reproduite en photo d’illustration de cet article.

Texte et photo : Yann Rieder

auteur : Yann Rieder

<< retour