|
19.01.2026 par ro
num.355 février 2026 p.06 Réseaux sociaux: limite d’âge de 16 ans
Comme nous l'avons vu, l'Australie et l'Union européenne ont fixé un âge minimum de 16 ans pour ouvrir un compte de réseau social. De pareilles actions sont sous considération dans d'autres pays. En Suisse, une consultation est lancée sur le projet de Loi fédérale sur les plateformes de communication et les moteurs de recherche (VE-KomPG)1. Les milieux intéressés peuvent répondre jusqu’au 16 février 2026. Deux associations qui ont déjà agi sont NextGen4Impact.com et SocialMedia16.ch. Leur prise de position conjointe décrit les points positifs dans le projet de loi actuel, mais aussi les lacunes. Le projet de loi prévoit entre autres des obligations de transparence concernant les contenus et la publicité en ligne et des procédures de plainte pour contenus illicites. Ce qui manque est une prise en compte spécifique et systématique des enfants et des adolescents, qui sont néanmoins le principal groupe d'utilisateurs et qui sont exposés à des risques bien documentés: il ne fixe, par exemple, aucune limite d'âge ni obligation de vérification d'âge et ne définit pas d'obligation de protection spécifique des mineurs. Le livre de Jonathan Haidt, Génération anxieuse (Les Arènes, 2025), décrit très clairement les dangers d’une utilisation des smartphones et des réseaux sociaux dès un jeune âge, à la lumière de l’expérience accrue depuis 15 ans. Si j’ai bien compris, en tant que grand-papa concerné, le cerveau des enfants est en plein développement, tandis que celui des ados est en transition, parfois bouleversante, vers son état adulte. La forme que prendra le cerveau adulte dépendra en grande partie de quels neurones et circuits sont le plus souvent sollicités pendant la jeunesse, et – peut-être plus important - lesquels ne sont pas activés. Dans le passé, l'enfance consistait largement d'activités en plein air, de rencontres entre amis et de jeux qui comportaient des risques physiques, ce qui aidait un enfant à se définir et se créer une identité. Depuis l'arrivée des smartphones en particulier, et des réseaux sociaux, l'enfance est devenue passive, passée devant l'écran au lieu d'en plein air, sans activité physique et sans rencontrer les amis dans la vraie vie: dans une bulle solitaire plutôt que dans la cascade turbulente sociale qu'il faut apprendre à naviguer. Un message souvent entendu est que c’est à nous d'activer les contrôles parentaux sur le smartphone de nos enfants. C’est irréaliste et injuste. Face aux sociétés les plus puissantes de l'histoire, qui ont créé les technologies les plus complexes de l'histoire, on est complètement démunis. Pourquoi les hauts cadres de ces mêmes sociétés ne donnent pas de smartphone à leurs propres enfants? Parce qu’ils savent de quoi il s'agit: une opération commerciale et consciente pour manipuler les utilisateurs par le biais d’ algorithmes sophistiqués2 pour en faire les cibles des annonceurs qui paient pour l'accès à nos cerveaux3. Non! Il faut que ceux qui exercent un pouvoir politique agissent en notre nom en mettant ces sociétés devant leur responsabilité de protection de nos jeunes. Pour les associations: envoyer s.v.p. une prise de position sur le projet de loi4. Pour les privés: signer volontiers la petition (plus de 82’000 signatures déjà)5 !
1https://www.news.admin.ch/fr/newnsb/6TmEAde4htulaWG9CWYtK 2Qui peuvent p.ex. détecter notre humeur du moment par le nombre de secondes qu’on se détient sur une vidéo proposée et puis nous en proposer plus dans la même veine, pour renforcer cet état d’esprit. Fatal dans quelques cas. 3De telles affirmations font penser aux théories de conspiration. Malheureusement il suffit de regarder des podcasts des personnalités comme Tristan Harris, du Centre for Humane Technology – lui-même ancien développeur chez Google – ou l’émission Netflix The Social Dilemma pour comprendre que c’est la vérité. 4Pour plus d’infos sur la prise de position mentionnée, email à: info@nextgen4impact.com 5https://act.campax.org/petitions/schutzt-unsere-kinder-likes-sind-kein-kinderrecht-social-media-erst-ab-16 -- Jag stödjer kampanjen för en barndom utan smartphone: https://ki-ds.org/ Bättre digital barndom, Sverige/Suède I support the campaign for a childhood free of smartphones: Smartphone Free Childhood UK/Royaume-Uni auteur : rédacteur occasionnel
|
<< fermer |