1 articles pour cette sélection
21.01.2026 par AB
num.355 février 2026 p.19
Bd du mois

Juste après la vague de Sandrine Collette (idée originale) et Dominique Monféry (dessin et couleurs) chez Rue De Sèvres, 152 pages.

Un volcan s’est effondré dans l’océan soulevant une vague titanesque qui a déferlé sur le monde et a tout englouti sur son passage. Le monde que connaissait Louie, ses parents et ses huit frères et sœurs a disparu, mais eux ont survécu. Leur maison, perchée sur un sommet, est devenue îlot, mais a tenu bon. Depuis six jours, les secours n’arrivent pas et la nourriture se raréfie. Seuls des débris et des corps gonflés approchent de leur île. Du haut de leur colline, leur quotidien reste étrangement tranquille et bien réglé : maman prépare le café, les enfants se lèvent grâce à l’odeur délicieuse des tartines grillées, papa récolte les œufs frais du matin tandis que la mer, elle, recommence à monter chaque jour un peu plus. Les parents n'ont d'autres choix que de faire face à cette élévation des eaux. Seulement, leur unique barque n’offre pas assez de place pour tous. Quels enfants abandonner derrière eux ? Sera-t-il possible de revenir les chercher ? Seront-ils capables de survivre jusque-là ?

Le talent de l'auteure réside dans la justesse psychologique des personnages : des enfants en premier lieu, et surtout des trois qui doivent être abandonnés. L'écriture de Sandrine Collette est d'une grande précision au service d'une puissance d'évocation remarquable, décrivant parfaitement le déchaînement des éléments de cette mer tempétueuse qui rend la vie aussi précaire. La scénariste choisit de partir sur autre chose : pas de développement prophétique, moralisateur ou politique, pas de dénonciation de l'impact dévastateur de l'homme sur la planète. La bd ne s’attarde pas sur la cause initiale du tsunami ; Non, elle décrit juste une famille au cœur du chaos : onze personnes face à leur instinct de survie, puisant dans leurs ressources mentales et redevenues des créatures comme les autres dans une nature pour laquelle ils ne sont plus adaptés.

Dominique Monféry (dont on a déjà parlé lors de la sortie de son roman « Le serpent majuscule » VR 347) travailla dans les Studios Disney en tant que réalisateur, superviseur d'effets visuels et animateur français. Il y réalisa notamment le court-métrage Destino qui fut nominé aux Oscars en 2005. Puis il cofonda et dirigea la société d’animation Welldone films où il réalisa les longs métrages Franklin et le trésor du lac ainsi que Kerity. Son dessin, élégant et coloré, contraste avec la noirceur de la situation et contribue à l'originalité de l'ensemble.

Le tombeau de la comète d’Élodie Portela Vidal (scénario) et Quentin Rigaud (dessin et couleurs) chez Dargaud, collection Combo, 201 pages.


Une comète mystérieuse aux reflets violets s’est abattue sur la Terre, bouleversant l’humanité, altérant la faune et la flore. Certaines espèces animales, transformées par l’impact, ont pris des proportions gigantesques. Peu d’humains ont survécu, affectés eux aussi par l’étrange météorite. Ils se sont découverts un nouveau pouvoir et ont façonné d'immenses golems de métal pour se défendre, sortes d’armures géantes pour résister à ces créatures chimériques. Peine perdue ! Les quelques survivants des combats ont dû se réfugier au plus profond des grottes. Quarante ans plus tard, l’affrontement demeure : menacée par un animal colossal, la petite communauté est en danger : elle doit fuir à l’air libre et trouver un nouveau refuge. De cette quête inattendue pour tenter de comprendre ce message tombé du ciel naîtra une aventure collective faite de peurs, de solidarité et d'émerveillement.

Les graphismes sont vraiment géniaux, incroyablement bien travaillés. Le travail des couleurs et des textures rend l'histoire vivante et poétique. Le dessinateur Quentin Rigaud (1992), repéré lors des rencontres jeunes talents du festival d’Angoulême, s'occupe du monde humain avec un trait net et dynamique, tandis qu'Élodie Portela Vidal peint le monde "altéré" avec une approche onirique, presque abstraite. Quelques planches et un cahier d'illustrations complètent cet ouvrage réalisé à quatre mains.

Ce roman graphique est une belle histoire de résilience et d'acceptation du changement avec des protagonistes qui nous propulsent hors des carcans habituels. Le choix de mettre en scène des personnages âgés qui ont mieux connu « le monde d'avant » - chose encore rare en Heroic Fantasy - apporte de la profondeur à l'histoire. Leur expérience de vie, leur sagesse ainsi qu’une sensibilité particulière permettent une connexion plus profonde avec ce nouveau monde.

auteur : Alexis Berset

<< fermer