Dans le club associatif de Versoix Athlétisme, les groupes vont d’athlètes de six ans, s’entraînant une fois par semaine, à des athlètes de plus de dix-huit ans, s’entraînant jusqu’à huit fois par semaine. Nous allons nous plonger dans deux entraînements de groupes de compétition spécialisés : le sprint d’un côté et le demi-fond de l’autre.
À l’arrivée au stade rouge de la Bécassière, dans la brume et l’obscurité hivernales, les athlètes des deux groupes, emmitouflés dans plusieurs couches, ne se séparent pas directement en deux groupes, mais discutent et saluent les athlètes de l’autre spécialité pour retrouver leurs compagnons d’entraînement et débuter la séance.
Pour les sprinteurs, après trois tours d’échauffement à allure modérée, soit environ 1,2 kilomètre, effectués sous une température glaciale de –2 °C, le corps commence enfin à se réchauffer. Il est alors temps de passer aux étirements et de réveiller les muscles, indispensables pour être efficaces et éviter les blessures lors de la séance à venir. Les athlètes se rassemblent en cercle, un moment à la fois utile et convivial, propice aux échanges avec les membres du groupe qui s’apprêtent à partager un effort intense.
Ces premiers étirements, dits statiques, permettent de préparer progressivement les muscles. Ils sont suivis d’exercices dynamiques réalisés debout sur la piste, afin de maintenir la chaleur corporelle. En hiver, rester en mouvement est essentiel : le froid accentue le risque de blessure, et un échauffement soigné devient alors une étape incontournable.
L’échauffement se poursuit avec les « éducatifs », des exercices techniques destinés à améliorer les mouvements et à augmenter progressivement l’intensité. Parmi les plus connus figurent les montées de genoux ou les courses jambes tendues. On y retrouve également des exercices de coordination, de réactivité ou de pliométrie. Peu à peu, la température du corps monte, jusqu’à permettre d’atteindre des allures proches du sprint.
C’est à ce moment que les athlètes enfilent leurs pointes d’athlétisme, indispensables pour une meilleure accroche sur une piste parfois verglacée. Le coach présente alors la séance du jour : quatre courses de 250 mètres, espacées chacune de dix minutes de récupération. Un test chronométré réalisé chaque année, redouté pour l’intense accumulation d’acide lactique qu’il provoque. En fin de séance, les sensations sont bien connues : jambes lourdes, difficulté à marcher, parfois même des nausées.
Le stress monte, le froid se fait plus présent, mais les corps sont prêts. La première course sert à prendre la mesure de l’effort. La deuxième apporte un léger soulagement : la moitié du travail est accomplie. La troisième, en revanche, révèle toute la fatigue accumulée. Enfin, la quatrième et dernière course pousse chacun à puiser dans ses dernières réserves pour réaliser le meilleur temps possible.
Une fois l’effort terminé, certains peinent à marcher, d’autres luttent contre l’envie de vomir. Mais tous partagent la même satisfaction : celle d’avoir tenu jusqu’au bout. Le groupe se félicite, puis chacun rentre chez soi, les mains gelées, épuisé, mais fier, sous le calme d’une nuit d’hiver.
Pour les coureurs de demi-fond le mercredi à 18 heures, l’entraînement commence aussi par un échauffement d’environ une heure. Ils débutent par un footing de vingt à trente minutes par petits groupes à travers la forêt, les champs ou la ville. On discute, on rigole un peu, on se met dans l’ambiance de l’entraînement, tout en laissant le corps se réveiller. Puis, de retour vers 18 h 30, commencent les étirements à la barrière et les éducatifs, dans le même esprit que les sprinteurs, mais avec un peu moins de rigueur.
Un peu avant 19 heures arrive le moment clé, l’annonce par un des deux coachs (Walid ou Adrien) de l’entraînement spécifique pour chaque groupe d’athlètes. Aujourd’hui, deux à trois fois 3000 mètres avec deux minutes de pause sera la séance du jour. La séance s’annonce longue, les jambes le savent déjà, mais c’est un effort familier : dur, oui, mais presque rassurant. Ici, le but de cet entraînement est d’augmenter la vitesse maintenable sur une longue durée en retardant la fatigue musculaire, c’est ce qu’on appelle le seuil lactique.
Encore quelques accélérations, puis les athlètes partent avec leur bloc d’allure. Pour mesurer le seuil et être sûrs d’être dans la juste zone, les athlètes utilisent trois méthodes. La première, en utilisant les données d’un test d’effort, la deuxième en contrôlant leur fréquence cardiaque qui doit être à 85–90 % de la fréquence cardiaque maximale, et la dernière se fait avec une machine calculant le taux de lactate dans le sang.
Vient enfin la fin de l’entraînement, les athlètes changent de chaussures et font un tour de décrassage, une sorte de retour au calme pour les jambes. Les visages sont fatigués mais satisfaits : la séance était dure, mais on sent qu’elle a servi. Et hop, entre 10 et 15 kilomètres dans les pattes. Et c’est finalement l’heure de rentrer chez soi, en bus, à vélo, à pied ou en voiture.
Pour les sprinteurs comme pour les demi-fondeurs, malgré le froid de l’hiver, un soleil souvent absent et des séances exigeantes, les athlètes se retrouvent toujours dans la bonne humeur. Animés par l’envie de se pousser mutuellement, ils cherchent à progresser, à se dépasser et à partager un moment autour d’un sport qui, bien qu’apparaissant à première vue comme individuel, crée un véritable esprit de groupe. C’est précisément cet esprit qui fait l’identité de Versoix Athlétisme.
Bryan et Anton