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23.08.2026 par FIB
num.361 septembre 2026 p.06
Décharge de Chauvilly à Gex: une autre menace pour la région

Pendant que notre attention est tournée vers le projet de décharge prévu en bordure de la Versoix aux Tattes-de-Bogis (voir notre édition de juillet-août 2026 pour les derniers développements), un autre projet suscite des inquiétudes pour la biodiversité et l’environnement de la région à quelques kilomètres de la frontière suisse. Une demande d’autorisation pour une installation de stockage de déchets inertes sur le site de Chauvilly à Gex soulève la question de la protection des eaux souterraines et superficielles d’un bassin versant directement relié à la Versoix et au lac Léman.////

Source de préoccupation environnementale
Le site de Chauvilly à Gex a fait l'objet de dépôts d’ordures ménagères, déchets industriels et encombrants jusqu’à la fin des années 1990 et a ensuite accueilli différentes activités de dépôt, de remblaiement et de traitement de matériaux. Plus de 260 000 tonnes de déchets seraient encore enfouies dans le sous-sol. Les analyses des eaux effectuées au fil des années ont mis en évidence des teneurs significatives en ammonium et en plusieurs métaux, dont l’arsenic, le chrome, le nickel et le plomb. Ces résultats suggèrent une pollution persistante liée aux déchets enfouis.

Cette situation est d’autant plus préoccupante que des lixiviats (« jus de poubelle » issus de la décomposition des déchets ensevelis) et des eaux de drainage provenant de l’ancienne décharge rejoignent le réseau hydrographique du ru de Maraîchet (voir photo ci-jointe), affluent de l’Oudar, qui se jette dans la Versoix après Sauverny. La rupture d’une digue d’un bassin de rétention en juin 2018 avait par ailleurs provoqué un important déversement de matériaux et d’eaux dans le milieu naturel, affectant la forêt environnante et le réseau hydrographique en aval.

Nouveau projet de stockage de déchets inertes
Le projet de création d’une installation de stockage de déchets inertes (ISDI) à Chauvilly n’est pas nouveau mais une première autorisation préfectorale délivrée en 2021 avait été annulée par la juridiction administrative en 2023. La société exploitante revient aujourd'hui avec une nouvelle demande d'autorisation environnementale, cette fois accompagnée d'une étude d'impact. Le projet porte sur une surface de 25,58 hectares et prévoit le stockage de 912 000 m³ de terres et cailloux issus majoritairement de chantiers du Pays de Gex, sur une durée de quinze ans.

Les opposants au projet craignent que le recouvrement des anciens déchets par cette quantité considérable de matériaux inertes ne rende très difficile une future dépollution du site. Autre source d’inquiétude : le projet se situe à 200 mètres du futur captage d’eau potable de Chauvilly, actuellement en cours d’autorisation, qui constitue une ressource stratégique pour l’alimentation en eau potable du Pays de Gex. L’Autorité environnementale a d’ailleurs demandé en mars 2026 des informations complémentaires sur la qualité des eaux souterraines et l’ancienne décharge. La question de la protection des eaux est d’autant plus cruciale sur un territoire soumis à une forte croissance démographique et confronté aux conséquences du changement climatique.

Consultation publique jusqu’au 8 septembre 2026
Une consultation publique sur ce nouveau projet de stockage de déchets inertes est ouverte jusqu’au 8 septembre 2026. Toute personne sans restriction de nationalité ou de résidence peut s’exprimer en déposant ses observations sur le registre électronique de l’ISDI de Chauvilly: https://registre.geoplusenvironnement.com/0002. Les citoyens et résidents suisses peuvent donc eux aussi participer à cette consultation.

Cette possibilité de participation transfrontalière s’inscrit notamment dans l’esprit de la Convention d’Aarhus, qui consacre l’accès du public à l’information environnementale, sa participation aux décisions ayant une incidence sur l’environnement et l’accès à la justice, sans discrimination fondée notamment sur la nationalité ou le domicile. La Convention d’Espoo prévoit quant à elle des mécanismes d’information, de consultation et de participation lorsque des projets sont susceptibles d’avoir un impact environnemental transfrontière significatif.

Solidarité citoyenne transfrontalière
Chauvilly se trouvant à quelques kilomètres de la frontière et appartenant à un bassin hydrographique transfrontalier, la question des éventuelles conséquences du projet sur les eaux situées en aval concerne également la Suisse. En agissant collectivement, nous pouvons contribuer à ce que les risques pour la Versoix et le lac Léman soient pleinement pris en compte et que la protection de notre environnement partagé soit assurée.

Lors de la consultation publique sur le Plan directeur cantonal vaudois (PDCn) concernant le projet de décharge des Tattes-de-Bogis, des riverains et associations françaises du Pays de Gex s’étaient massivement mobilisés aux côtés des Suisses. Cette solidarité transfrontalière a montré que l’action citoyenne peut peser dans le débat public et faire bouger les choses. À notre tour de soutenir nos voisins français face au projet de Chauvilly, et de défendre nos ressources naturelles communes pour les générations futures.

Fiona Blum

Photo: Isaac Griberg

 

auteur : Fiona Blum

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Écoulement de lixiviats dans le Maraîchet (juin 2024)