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20.08.2025 par AB
num.351 septembre 2025 p.19
Les BDs du mois

Undertaker
8. Le monde selon Oz de Xavier Dorison (scénario), Ralph Meyer (dessin, couleurs), Caroline Delabie (couleurs) chez Dargaud, 64 pages.

Il a fallu 21 mois à Ralph Meyer et Xavier Dorison pour publier le huitième volume de cette série et achever le second volet d’un diptyque traitant du thème très actuel de l’avortement et du fanatisme religieux sur fond de Guerre de Sécession (voir aussi VR 312 et 334). Les deux auteurs aiment travailler dans ce format qui offre plus de liberté dans le traitement du récit.

À Eaden, une petite ville du Texas sortie ruinée et humiliée de la guerre de Sécession, « Sister Oz », gourou de la Ligue pour la suppression du vice, a convaincu la population qu'elle retrouverait son honneur en faisant sa propre justice... et en empêchant Eleonor Winthorp d'avorter. Pour cela, tous les moyens sont bons : humiliations, intimidations, et - pourquoi pas - tuer Randolph Prairie, le médecin qui s'apprêtait à pratiquer l'opération.

Un homme se dresse toutefois pour protéger celui qui est pourtant un rival amoureux et permettre ainsi à Eleonor de choisir son destin : Jonas Crow, le fameux croque-mort, en anglais l'Undertaker. Dans cette ville déclinante qui oscille entre liberté et fanatisme, chacun devra choisir son camp. Nul ne sortira indemne du monde selon Oz, quitte à en perdre la vie.

Comme toujours, les situations sont extrêmes, les rebondissements spectaculaires et les dialogues ciselés au scalpel. Xavier Dorison maîtrise les archétypes du genre western comme personne et Ralf Meyer excelle tant dans son découpage que par son habileté à brosser des personnages aussi dynamiques qu’expressifs. Il revient à un style plus épuré avec beaucoup d’élégance dans le dessin. Ralf Meyer est en train d’atteindre le sommet de son art, sublimé par les couleurs de sa partenaire Caroline Delabie, ancienne architecte d’intérieur, avec qui il poursuit une longue et fructueuse collaboration. Encore un exemple d’un trio d’artistes qui fonctionne à merveille dans le domaine du 9ème art.


Ohio - La Belle Rivière
2. Livre 2 de Fred Duval (scénario) et Brada (dessin) chez Delcourt (Conquistador), 48 pages.

 

Ce deuxième volet d’un récit humaniste en trois parties rend hommage à la culture et à la vie quotidienne des grandes victimes des prémices de la Guerre de Sept ans (1756-1763), les Mohawks, les Oneidas, les Onontagués, les Cayugas, les Sénécas ainsi, qu’après 1722, le peuple Tuscarora d’où leur nom de « Confédération des Six Nations iroquoises » et leurs ennemis jurés les Hurons-Wendats et les Algonquins. Il met l'accent sur les relations complexes tissées entre les peuples autochtones et les colons français et anglais.
L’Ohio est un affluent important du cours supérieur du Mississippi et le point de contact au XVIIIe siècle entre les implantations des royaumes de France et d’Angleterre qui se battent pour la possession de l’Amérique du Nord. Jacques de Lestac, accompagné de « Loup Blanc », un chasseur mohawk, part sur les traces de sa fille rescapée d'une attaque meurtrière. De leur côté, Loutre et ses enfants trouvent refuge chez les Sénécas, confrontés à des attaques répétées des Algonquins. Tandis que les accrochages entre Français et Anglais s'intensifient, « La belle rivière » sombre dans le chaos et personne ne semble pouvoir échapper à la guerre qui se profile à l'horizon.
Fred Duval, l’auteur notamment de Travis et de Hauteville House change un peu de style en se lançant dans cette fresque historique se déroulant en 1754, au début du conflit franco-anglais. Sur les traces de James Fenimore Cooper dans sa saga de « Bas de Cuir » popularisé au cinéma avec « le Dernier des Mohicans » et adapté en BD par de nombreux auteurs comme Ramaïoli, Matéja, Brocal, Ersel, Fahrer et Cromwell ou dans l’esprit de « Fort Wheeling » d’Hugo Pratt, il nous livre un récit passionnant qui trouvera son épilogue dans le troisième et dernier volume de cette épopée.
Brada, de son vrai nom Miroljub Milutinović (1962), résidant en ex-Yougoslavie, fait du très bon travail comme dessinateur sur cette série qui exige une grande précision graphique pour la bonne compréhension du récit. Son trait impeccable parvient à faire revivre cette époque historique. Il nous propose des paysages magnifiques, de belles ambiances, ainsi que de jolies scènes d’action magnifiées encore par les pinceaux du coloriste et artiste-peintre Jean-Paul Fernandez, ami de Philippe Druillet.

auteur : Alexis Berset

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