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20.08.2025 par MAF
num.351 septembre 2025 p.20
Lacidité

 « La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil ». Cette citation du poète français René Char interpelle. Selon lui, être lucide signifierait souffrir et je trouve qu’il a raison. Mais souffrir dans la lumière et au plus proche de la Vérité, n’est-ce pas un sublime acte de courage et une preuve ultime d’intelligence ?

Il est vrai que par définition, la lucidité s’oppose aux illusions qui apaisent les maux et tempèrent les angoisses. Les êtres lucides ne consomment aucune forme d’opium. Leur amour de la Vérité supplante leur désir d’être heureux. Adam et Ève ne sont-ils pas les premiers humains clairvoyants ? Le fruit défendu qu’ils consomment provient précisément de l’Arbre de la connaissance. Or, l’ingestion de la connaissance entraine le bannissement du Paradis et le début de leurs souffrances éternelles. Mais traverser l’existence en se berçant de croyances agréables et de formules rassurantes empêche à mon sens de percevoir le monde tel qu’il est véritablement. Dès lors, on ne cherche sans doute pas, à le rendre meilleur.

Je suis d’avis qu’il ne faut pas fermer les yeux. Et qu’importe si les rayons du soleil abiment nos cornées et altèrent notre gaité, ceux qui ne détournent pas le regard ont le mérite d’aller au-delà des visions simplistes et des mantras insensés. Il m’est de plus en plus insupportable, par exemple, d’entendre mes proches me dire que « tout est juste » quand on sait que plus de cent espèces animales et végétales disparaissent chaque jour en raison de l’activité humaine, ou que toutes les trois minutes, un enfant est victime d’agressions sexuelles en Europe. Et la liste des injustices – évidemment – ne s’arrête pas là. La grande mode de l’autopréservation m’exaspère, vous l’aurez compris si vous lisez régulièrement mes billets d’humeur, et même si j’entends bien qu’il faille un minimum se prémunir des abominations d’ici-bas, je militerai toujours pour garder les yeux bien ouverts ! D’ailleurs, Romain Gary résume parfaitement les choses lorsqu’il écrit : « Sommeil du juste ? Je crois que ce sont les injustes qui dorment le mieux, parce qu’ils s’en foutent, alors que les justes ne peuvent pas fermer l’œil. »

José Saragamo, écrivain portugais titulaire du prix Nobel de littérature en 1998, est l’auteur du roman « L’Aveuglement », une critique acerbe de notre société qui interroge sur notre lâcheté et notre responsabilité devant le mal que nous voyons ou refusons de voir. Il émet l’hypothèse que les Hommes savent travailler à leur propre aveuglement. Nous savons tous où se trouve l’horreur du monde, mais nous fermons les yeux, ou nous les détournons, ou nous faisons semblant de n’avoir rien vu. « Je pense que nous ne sommes pas devenus aveugles, je pense que nous sommes des aveugles qui voient, des aveugles qui, voyant, ne voient pas. » postule Saragamo. Mais les atrocités que vivent les habitants de Gaza, de l’Est du Congo, de la Birmanie ne doivent en aucun cas être ignorées ! De même que la menace écologique ! Dans le film « Don’t Look Up », les dirigeants des États-Unis, stupides et lâches, encouragent la population à ne pas regarder la réalité en face. La conséquence de cet aveuglement est dramatique et la planète tout entière disparaît, percutée par une météorite gigantesque – métaphore tristement réaliste – du dérèglement climatique.

 


Levez donc la tête, Chers Lecteurs, ouvrez les yeux, soyez lucides. Indignez-vous ! L’empire du discernement est régi par la bravoure et la grandeur d’âme.

Au royaume des aveugles en revanche, la honte est reine.

Manon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

auteur : Manon Frésard

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