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22.11.2025 par MAF
num.354 déc.2025-janv.2026 p.05 La Dernière Gorgée de bière
« La Première Gorgée de bière et autres plaisirs minuscules » est un charmant recueil de nouvelles, écrit par Philippe Delerm en 1997, dans lequel il est question des sensations anecdotiques du quotidien et notamment des premières fois qui ont toujours une saveur particulière. Mais qu’en est-il des dernières fois ? Alors que je vous livre, Chers Lecteurs, Chères Lectrices, mon ultime billet d’humeur, je souhaitais attirer votre attention sur l’effet que procure La Dernière Gorgée de bière ! Avez-vous déjà songé avec mélancolie, alors que vos vacances s’achèvent, au fait que vous verriez ce soir, pour la toute dernière fois, le sourire contagieux, du serveur si jovial ? Les dernières fois sont tantôt anodines et tantôt dramatiques. Je me demande souvent ce que peuvent ressentir, à l’orée de leurs jours, les êtres qui se suicident ou s’inscrivent à Exit ? Quel goût peut bien avoir ce tout dernier repas, cette suprême eau de vie ? Et la brise et l’ondée, qui croisent leurs visages, brûlent-elles ou soulagent-elles ? Peut-on trouver splendide un soleil qui se lève mais ne se couchera plus ? Ces dernières fois choisies sont certes crépusculaires mais brillent de dignité. Il existe d’autres dernières fois, décidées elles aussi, mais qui ouvrent pour leur part un chemin vers l’avenir, le renouveau, l’espoir. La dernière discussion avec un amoureux toxique, l’ultime service rendu à un patron pervers, le claquement définitif de la porte de votre appartement où vous aviez trop froid. La fin implique parfois le commencement, on sait bien que l’hiver est suivi du printemps. Il arrive que nos dernières fois soient d’une telle intensité qu’elles frôlent l’extraordinaire. Le Requiem de Mozart, la 9e Symphonie de Beethoven ou encore la 7e Symphonie de Prokoviev, ultimes œuvres de ces compositeurs géniaux sont, de l’avis de tous, éminemment sublimes. Mais il se peut aussi qu’elles soient insignifiantes, ratées, juste émouvantes : mon cœur battit très fort le jour où je soufflai, au seuil de mes dix ans, un chiffre plutôt qu’un nombre.
« Voici donc la morale parfaite » conclut l’empereur romain Marc-Aurèle il y a deux-mille ans : « Vivre chaque jour, comme si c’était le dernier ». Tout est dit. A bientôt ! auteur : Manon Frésard
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