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14.02.2026 par SL
num.356 mars 2026 p.16
Film et débat engagés à CineVersoix

Samedi 14 février, CinéVersoix a projeté le documentaire « Pouvoir et résistances : quand les multinationales suisses détruisent des vies », réalisé par le cinéaste suisse Sven Rufer.

Le film met en lumière les conditions de vie de communautés indigènes au Pérou et sur l’île de Bornéo, confrontées aux conséquences de l’exploitation minière menée par des multinationales dont le siège se trouve en Suisse, notamment Glencore et International Metal Resources (IMR).

La projection a été suivie d’un débat animé par Aijan Muktar, membre de la Coalition pour des multinationales responsables. Elle a présenté la nouvelle initiative populaire déposée en mai 2025, visant à obliger les multinationales basées en Suisse à respecter les droits humains et les normes environnementales dans l’ensemble de leurs activités, y compris à l’étranger.

Le texte prévoit notamment un devoir de diligence concernant les filiales étrangères, la possibilité d’engager des actions en responsabilité civile devant les tribunaux suisses, ainsi que la création d’une autorité de surveillance indépendante.

Elle a rappelé qu’au printemps 2024, l’Union européenne a adopté une directive sur le devoir de diligence des grandes entreprises. En comparaison, la Suisse ne dispose toujours pas d’une législation équivalente.

Lors du débat nourri avec le public, plusieurs intervenants ont souligné l’influence importante des lobbys économiques au Parlement fédéral, susceptibles de freiner l’adoption de lois allant à l’encontre de certains intérêts financiers. La Suisse figure, par exemple, parmi les rares pays à ne pas avoir ratifié la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac, entrée en vigueur en 2005. [NDR]

La discussion a également soulevé des questions de fond : une telle loi serait-elle réellement efficace ? Comment réparer des atteintes irréversibles à la santé, aux forêts et aux sols, ainsi qu’aux conditions de vie des communautés concernées ?

Ces interrogations résonnent d’autant plus dans un contexte international incertain. Le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat, effectif depuis janvier 2026, ainsi que les discussions en cours autour de l’exploitation des ressources minières en haute mer entre Donald Trump et certaines multinationales illustrent les tensions actuelles entre impératifs économiques et protection de l’environnement.

En attendant que les multinationales qui violent les droits humains et polluent l’environnement puissent enfin être tenues responsables, chacun peut agir à son échelle, notamment par des choix de consommation plus responsables.

 

auteur : Sabrina Lanzavecchia

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Alijan Muktar, membre de la Coalition pour des multinationales responsables avec Marc Houvet
La mine Antapaccay dans la région d'Espinar au Pérou