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12.03.2026 par ALBB
num.357 avril 2026 p.05 La vitesse escargot pour l'avancement du droit des femmes
La conférence de clôture des SemaineS de l'égalité à la galerie du Boléro a remporté du succès. Lorena Parini, professeure honoraire à l'Institut des Études genre à UNIGE, a évoqué la lente évolution des droits des femmes en Suisse de 1848, date de fondation de la Confédération à nos jours. Dès le début, l'article 4 de la constitution donnait le droit de votes aux hommes. Toutefois les droits des hommes ne sont pas ceux de l'Homme … et encore moins les humains ! Le masculin l'emporte sur le féminin, grammaticalement et dans les faits. Le droit de vote des femmes n'a été obtenu que 123 ans plus tard, après un combat, porté par des personnes se relayant au gré des générations. Les femmes étaient présentes dans la vie sociale, toutefois cantonnées aux rôles éducatifs, lutte contre l'alcoolisme entre autres. Lors de la grève générale de 1918, les ouvrières avaient même fabriqué un énorme escargot pour symboliser la lenteur des tractations pour obtenir le suffrage universel. Quelques femmes ont été particulièrement actives. Marie Goegg-Pouchoulin (GE), a non seulement revendiqué le droit de vote pour les femmes, mais aussi une éducation laïque. Meta von Salis (GR), est la première de son canton à obtenir un doctorat en histoire, philosophie et littérature. C'est en 1887 qu'elle écrit un article publié par le Züricher Post demandant la pleine égalité des droits pour les femmes suisses, également en matière de vote et d'éligibilité. Emilie Gourd (GE) s'est aussi battue pour que les droits des femmes soient reconnus. En 1909, sur les conseils d'Auguste Morsier, elle devient membre de l'Association genevoise pour le suffrage féminin qu'elle présidera ensuite, raison pour laquelle on la considéra féministe radicale. Elle a fondé un journal sur ce thème, le premier du monde ! Il changera souvent de nom, le dernier étant L'Émilie justement. Des hommes ont aussi porté la cause. Léonard Jenni, avocat, estimait que l'article 4 de la constitution devait donner de facto le droit de vote aux femmes. Il est allé six fois plaider cette cause au Tribunal Fédéral … sans succès. Au parlement, Herman Greulich (PS) et Emil Göttisheim (parti radical) ont déposé une motion demandant que le droit de vote soit accordé aux femmes en 1919. Malgré une pétition de 250'000 signatures pour l'appuyer en 1929, le sujet est passé aux oubliettes. Après un postulat déposé par Hans Oprecht (PS) en 1944, le Conseil Fédéral s'est finalement mis au travail ! Son temps de "réflexion" pour présenter un projet de loi au parlement a duré 13 ans, suivi d'une votation populaire en 1959 où le sujet a été balayé par 66.9% de non. Ce n'est que le 7 février 1971 que le droit de vote a été accordé aux Suissesses par 65.7% des citoyens. A noter que Vaud, Neuchâtel et Genève ont accordé le suffrage aux femmes entre 1959 et 1960. Lors du débat qui a suivi, Ghislaine Heger, la photographe qui expose ses portraits de femmes au Boléro en ce moment, a confirmé que l'art pouvait aussi faire bouger les mentalités. L'égalité n'est pas encore obtenue, particulièrement dans les domaines salarial et professionnel. C'est pourquoi les féministes se mobilisent encore et toujours, espérant que le rythme de l'escargot se transformera en celui du guépard. On peut rêver, non ? Photos : Aurore Ducret auteur : Anne Lise Berger-Bapst
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