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24.04.2026 par ro
num.358 mai 2026 p.20
Hommage à René Scheckenburger

Avec le décès si prématuré de René, Versoix perd un homme séduisant et talentueux. Séduisant parce que généreux de lui-même, chaque rencontre était l’occasion d’une discussion devant un café. Ces moments si chaleureux conduisaient à refaire le monde. À l’échelon de Versoix, notre commune. De Genève notre canton. De la Suisse notre pays. René était un homme de convictions et de volontés. Il avait ses convictions et y tenait. Il défendait des points de vue toujours intéressants parce que bien étayés, bien documentés. Et il se voulait ouvert, personnalité de dialogue et respectueux de l’avis d’autrui. Des moments toujours joyeux et toujours enrichissants.
René aimait les gens qui le lui rendaient bien. De la vie publique de notre commune devenue ville, on retiendra l’aventure fameuse des “Jeux sans frontières” pour laquelle il avait obtenu la fonction de la TV genevoise. Avec pour la première fois une équipe inter-sociétés: sauvetage, tennis et gymnastique, football et volley-ball. Des sociétés plutôt physiques, culturelles pour le culte de défendre nos couleurs. Avec la victoire dans le West Dorset anglais à Sherborne et la finale perdue contre les Italiens d’Ursino. Une équipe coachée par un entraîneur sportif de qualité, entraînée pendant l’été à Port-Choiseul et remontée à fond par des accompagnants “plus versoisien, tu meurs!” avec le bloc des francophones, les Belges de Frameries, les Français de Dieppe: des échanges de qualité à l’origine même d’un échange scolaire avec le Hainaut conduisit au niveau du CO par un enseignant venant d’Ukraine ! Un peu de culture au milieu des performances physiques. Et le commentaire élogieux de l’épouse de notre hôte Lord Digby qui me glissait à l’oreille “but you lead!”. Elle qui s’attendait à des bergers de nos montagnes et qui me donnait le bras pour entrer dans la salle du repas officiel au son d’une musique de yodel (!) et devant un groupe qui rigolait sans retenue aux plaisanteries du bourgmestre de Frameries dont l’accent faisait merveille! Merci René d’avoir défendu notre candidature à la TV suisse romande.
Autre haut-fait de René à Versoix, la « Nuit du Fort », un retour festif en costumes d’une bataille qui a vu les Genevois s’emparer du Fort de Versoix en 1589, parce que ce fort pouvait nuire à la navigation commerciale sur le Léman, à destination de la rade de Genève. Des gens qui fêtent une magnifique raclée quatre siècles plus tard, ça c’était Versoix! Un caractère trempé et une bonne humeur de tous les instants. C’est dire si René était à l’aise au milieu de ses administrés portant chapeaux à large bord avec une plume de faisan sur le côté. Un très grand succès populaire.
Personnellement, j’avais avec René un autre monde en partage. À 13 ans, j’avais commencé des études de piano dans dans la classe de l’inoubliable Lily Carrard. Nous donnions une fois l’an une audition à la salle Centrale devant pas loin de deux cents auditeurs. Ma première audition était un quatre mains avec la délicieuse Claire Balsinger. On était du même âge et de même taille ce qui posait un problème. On faisait partie des débutant(e)s et il y avait des gamins en culottes courtes. Il fallait que Mlle Carrard nous déniche une oeuvre plutôt facile pour ne pas nous faire passer pour des dadais. Un quatre mains, c’est un seul piano pour deux interprètes et deux sièges, sauf si nous étions assis sur un banc. Sinon il fallait régler chacun pour soi un tabouret. Avant de prêter notre talent à l’exécution de l’oeuvre selon programme, il y avait le règlage des sièges. Ponctué par des assis-debout pour vérifier si on n’avait pas le clavier sous le menton. Et un public qui s’impatientait. Un public qui s’impatiente, ce sont des gens qui tournent, se râclent la gorge ou causent entre eux. Et des artistes qui s’énervent. Comme nous nous enguirlandions à chaque répétition, on avait le sentiment pénible qu’il y avait une émeute qui se préparait....et ce qui nous rassurait c’étaient les niais qui rigolaient au premier rang! René là-dedans? C’était le Rubinstein de la soirée, l’extase musicale. Il était bon partout. Virtuose dans Liszt, aérien dans Mozart et magistral dans Beethoven! Bref, on se sentait, nous les petits, des misérables vermisseaux égarés dans un paradis de génies de la musique. Et René nous encourageait avec une gentillesse de tous les instants. Merci René
Il me faut terminer.
Jeux sans frontières, La Nuit du Fort, le piano, des exemples des talents qui habitaient René.
Il laisse le souvenir d’un homme de devoir. Il aimait bien cette citation de Platon: « Ce que tu peux, tu le dois”. Mon auteur préféré dit volontiers que « le plus beau tombeau des morts c’est le coeur des vivants».
De tout coeur René,

Gérard Ramseyer, ancien Maire de Versoix

auteur : rédacteur occasionnel

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