12.06.2022 par SSP
num.320 juillet-août 2022 p.08
Série passé-présent # 8 : Le Château

 Les “vieilles pierres” ont beau être inanimées, elles racontent. Les arbres centenaires ont beau ne pas bouger, ils témoignent. Ensemble, tendons l’oreille et imaginons !

Dans les contes, les fées se penchent sur les berceaux des princesses et les parent de mille vertus dont - bien entendu - la beauté. Dans les contes, les châteaux sont munis de tours et parés de fortes murailles. Vraiment ? Il se trouve qu'à Versoix, sur le site qu'occupait le château de l'époque médiévale, se dresse aujourd'hui une maison de maître nommée Le Château. Est-ce pour rappeler la noblesse du site que l'architecte demanda de décorer la fenêtre maîtresse d'une couronne sur l'encadrement ?

Le château du comte de Savoie disparut au 16e siècle et une ferme occupa le terrain avant d'être transformée en manoir. C'est derrière ces fenêtres, face au lac, que naquit en mars 1829 une princesse pas comme les autres : tout à fait barbue dès son enfance ! A l'école des petites princesses, Joséphine devait sûrement attirer l'attention, et nul doute que la famille de cette jeune fille chercha longtemps quel serait pour elle le meilleur parti à tirer de son originalité. Après quelques voyages en Suisse, c'est au hasard d'une proposition de managers particulièrement alléchante qu'à l'âge de 18 ans, Joséphine s'en alla voyager avec son père de par le monde, pour se faire connaître comme femme à barbe dans une tournée européenne, puis américaine. Rencontrant son mari en chemin, elle devint Madame Clofullia, et donna naissance à une petite fille et à un petit garçon aussi étonnant qu'elle. A Londres, elle fut approchée par des entrepreneurs qui l'introduisirent au cirque de Phinéas Barnum où elle devint encore plus célèbre.

Née dans une demeure opulente, on ne peut qu'imaginer le caractère de la "princesse" Joséphine Clofullia. Pétulante ou réservée, elle avait en tout cas l'éducation d'une parfaite lady et fut reconnue comme très distinguée. Tout porte à croire qu'elle a marqué son empreinte à Versoix jusqu'à aujourd'hui, mais de manière quelque peu subliminale. En effet, lorsqu'un soir vous cherchez à traverser la commune et que les embouteillages s'étirent tout le long de la route Suisse ; à coup sûr quand vous arrêtez devant le numéro 51 - ignorant l'esprit qui vous inspire, vous vous dites : "La barbe !".

Pour en savoir plus sur Clofullia, la femme à barbe de Versoix, regardez la conférence "Genefreaks" de Cassandre Poirier Simon et Nic Ulmi, et consultez le site Association Patrimoine Versoisien qui a publié une fiche informative sur Clofullia et une autre sur Le Château.

 

auteur : Sarah Schmid-Perez

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