• Photo de classe à Versoix : 1950, 6e Primaire, Classe de M. Perrinjaquet. Archive de René Schneckenburger.
Les Elus d’alors à l’écoute attentive de M. Marcel Boisard
Marcel Boisard et sa petite-nièce Anne Etienne
 
 
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24.11.2022 par PAD
num.324 déc.2022-janv.2023 p.19
Les Elus d'alors : Fiers d'être tes enfants !

Fiers d'être tes enfants ! C’est, paraît-il, la devise de Versoix.

Trois personnalités remarquées en novembre 2022 lors d’évènements durant lesquels des natifs de Versoix se sont illustrés au niveau mondial :   Justine METTRAUX, Alan ROURA et ...  Marcel BOISARD invité par "Les Elus d'alors" !

En voile : Très récemment, sur la « Route du Rhum » de St-Malo à Pointe-à-Pitre, la Versoisienne Justine Mettraux a obtenu une remarquable 7e place pour sa première traversée de l’Atlantique en Imoca, et se trouve être la première femme à l’arrivée parmi les 7 engagées dans cette compétition nautique en solitaire. Arrivée le 21 novembre, elle a effectué le parcours en 12 jours, 13 heures et 26 minutes sur Teamwork.net, soit 20 heures, après Thomas Ruyant, vainqueur de cette épreuve 2022 en catégorie Imoca.
Elle était suivie, 36 heures plus tard, par Alan Roura, un autre enfant de Versoix bien connu, un peu déçu par sa performance sur Hublot, qui a accompli la traversée en 14 jours, 1h et 47 minutes, et se place en 21e position sur 38 partants dans cette même catégorie Imoca.
Sur les 4 Suisses ou Suissesse inscrits dans cette édition de la Route du Rhum, 2 sont issus de Versoix ! On les félicite avec enthousiasme et reconnaissance pour cette dose de fierté qu’ils offrent à notre cité qui en a bien besoin en cette période un peu … chahutée politiquement.

Les Élus d'alors : Un peu plus tôt dans ce mois, le 11 novembre, mais dans un tout autre registre, « l’Amicale des Élus d’alors » a révélé, lors d’une rencontre de ses membres, une étonnante personnalité, enfant de Versoix, mais peu connue dans notre ville malgré une carrière impressionnante et une reconnaissance … internationale !

Ainsi était présenté M. Marcel Boisard par M. René Schneckenburger, son copain de l’école primaire de Versoix et du Collège de Genève.
Photo de classe à l’appui (voir ci-dessous), la tête frisée au premier rang était bien celle de Marcel Boisard ! Sympathique occasion de passer les têtes en revue et d’évoquer le souvenir d'autres élèves, dont plusieurs ont déjà quitté ce monde. Et si vous reconnaissez des personnes sur cette photo, merci de le signaler !
C’est ainsi que nous avons appris que M. Marcel Boisard est petit cousin de feu Mme Denise Etienne, la maman d’Anne, d’Yves, de Denis et d’Eric, bien connus à Versoix. Avec modestie et une bonhommie digne des soirées au coin du feu, Marcel Boisard a évoqué son enfance à Versoix, où il a suivi les classes primaires jusqu'à 11 ans, puis le Collège des Casemates en section latine, avec René et un nommé Primatesta, puis en faculté de droit et de sciences économiques à l’Université où il rencontre Claude Torracinta, qui lui conseille de suivre les Hautes études internationales, institution créée en vue de répondre aux besoins de la Société des Nations installée à Genève.

Son parcours : Il raconte les hasards de la vie et les rencontres qui ont finalement fait sa carrière. Trouver un emploi était très facile à l‘époque. D’abord il a enseigné durant 2 à 3 ans en terminale de l’Ecole des Jeunes filles. Ensuite, au Service militaire, comme lieutenant d’infanterie, il fut le plus vieux « lieutenant » de l’armée suisse. Première mission en Algérie à la fin de la guerre dans le cadre du CICR durant 4 mois pour retrouver des disparus. A cette époque le budget du CICR était de 20 millions alors qu’il est actuellement de 2,4 milliards. Il obtient une bourse pour étudier aux USA. Ses voyages sont émaillés de péripéties qu’il raconte avec saveur. Son premier voyage à New York a duré…10 jours ! Depuis, il y est retourné près d’une centaine de fois. Il est envoyé par la Coopération au développement successivement dans trois petits pays, de la taille de la Suisse, au Costa Rica en Amérique centrale, au Népal en Asie et au Rwanda en Afrique de l’Est. Âgé de 23 ans, il est jugé trop jeune pour s’occuper d’une mission au Bénin, anciennement Dahomey. Il démissionne et se fait engager au CICR pour une mission au Yémen afin de ravitailler des prisonniers ou des familles dans les tribus où il restera deux ans. Le hasard fait qu’on lui propose un poste d’économiste comme conseiller à la délégation du Burundi à Bruxelles. Il est engagé deux jours après. Il s’agissait de la CEE, l’ancêtre de l’Union Européenne, et de négocier auprès du Fonds de développement pour aider les pays africains. Il a été ainsi président des experts africains ! Il voyage entre l’Europe et l’Afrique. Les anecdotes sont nombreuses et piquantes en ces temps de révolutions et changements de régime. Il revient à Genève pour sa thèse en socio-économie sur la réforme agraire égyptienne. Il obtient un subside pour aller vivre une année dans un village avec les paysans égyptiens, en mai 1967. La culture intensive du coton nécessitait alors une main d’œuvre de type esclavagiste d’enfants (vu leur taille), pour retourner chaque feuille des plants et les débarrasser des vers.
A cette époque tendue par la fermeture du golfe d’Aqaba et de la guerre avec Israël, le CICR le convainc d’accepter un contrat de 2 mois (mission qui durera finalement 10 ans) pour protéger les victimes de la guerre, les blessés et les malades, les civils et les prisonniers de guerre dans les territoires occupés dans la région du Sinaï. Rencontre avec Moshe Dayan. Ainsi quelques milliers de soldats perdus ont pu être sauvés.
Au Caire, il s’est occupé durant 7 mois de la libération de prisonniers israéliens. Puis de détournements d’avions et de prises d’otages. Guerre civile à Beyrouth et Amman. Sa mission est d'apporter des secours sanitaires, non seulement aux européens mais aussi aux belligérants beaucoup plus nombreux. Ensuite il prend une année sabbatique à Alexandrie pour rédiger une thèse en droit international sur la conception islamique des relations internationales. Retour au Caire pour reprendre la délégation, en passant par la Lybie, voyage épique. Les Nations-Unies sont intervenues avec les casques bleus. Échange de 240 prisonniers israéliens contre 8300 égyptiens. C’était sa dernière expérience sur le terrain.
Retour à Genève pour se consacrer à des conférences en études internationales à l’époque de la guerre froide. L’ONU lui propose alors un poste de consultant car le Président Kadhafi voulait créer un institut de formation diplomatique à Tripoli. Deux ans plus tard, après un travail intense et intéressant, le projet est tombé à l’eau. Le poste de directeur européen de l’Institut des Nations Unies pour la formation et la recherche lui est alors proposé, il l’a occupé pendant 30 ans. Il termine à la direction générale à New-York. Son budget initial de $800’000 est passé à $38 millions et les centres se sont multipliés pour former jusqu’à 35'000 étudiants, avec de nombreux centres dans le monde et des formations à distance.
En 2001, le Secrétaire général de l’ONU, M. Kofi Annan, a proposé de nommer Marcel Boisard au poste de sous-secrétaire général de l’ONU … alors que la Suisse n’était pas encore membre de l’ONU, poste qu’il a occupé jusqu’à sa retraite prise à 68 ans, au départ de Kofi Annan !

En résumé : La carrière de Marcel Boisard est faite de voyages incessants, environ 3 fois le tour du monde par année, près de 100 fois à NY, en Nouvelle Zélande (23h de voyage). Il a apprécié les chocs culturels, les rapports sociaux. Pour lui, le Japon, pays qu’il a visité une vingtaine de fois, est le plus impressionnant, celui où l’on se sent le plus étranger !
Il raconte les coutumes gustatives autour du monde et ses découvertes surprenantes. Il révèle aussi les techniques de discours officiels, leur « sincérité » (écrits par d’autres) et les jeux de mots intraduisibles à bannir !
Il a écrit un petit livre (aujourd’hui épuisé) sur ses 10 ans passés au CICR. Ce livre est en prêt à la bibliothèque de Versoix.
Depuis 16 ans, il publie assez régulièrement des articles dans Le Temps sur de sujets parfois controversés. Dans un article sur l’Ukraine et la Russie paru le 17 novembre, il s’exprime sur la "guerre par procuration" qui a remplacé la guerre froide.
Intarissable ! Les anecdotes de Marcel Boisard devraient être racontées ou filmées. Cet enfant de Versoix mériterait que la radio, la télévision, le Patrimoine, profitent de ses témoignages racontés avec tant de talent et de détails croustillants. Assurément il incarne la devise de Versoix : Fiers d’être tes enfants !
Merci à « l’Amicale Les Elus d’alors » pour cette découverte de M. Marcel Boisard, figure locale peu connue des habitants de Versoix. Par cette révélation, cette association prouve son caractère d’utilité publique ! Qu'on se le dise dans l'administration de la Commune !

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Texte et photos Pierre Dupanloup

auteur : Pierre Dupanloup

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