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15.08.2025 par ro
num.351 septembre 2025 p.19 Quand surgit la clarté
La magie s’éteint. Tout change de forme et revient à son état d’origine. La bure sous le lit, et une aube qui ne finit jamais. La pleine lune est là. En bas, du bar ne restent que quelques lumières et des voix. En haut, sur le lit sale de l’auberge, entre les gémissements, elle arrache des morceaux d’une peau de porcelaine. Lui saigne, le cou en lambeaux, l’entrejambe déchiquetée. La pleine lune est là. La pleine lune à Versoix. Denise, femme de la nuit, louve farouche à l’aube. Quand surgit la clarté, la magie de Siam s’efface. L’âme contre un rêve. La forêt qui entoure la Ville-d'Amour attend; son feuillage appelle. Et le cœur d’elle s’enfuit, tout comme la dernière prière entre deux battements. La nouvelle soif est celle des larmes volées ! Tout à coup un hurlement ! Un appel ! Quand surgit la clarté, tout prend fin. Était-ce un rêve, cette vie ? Et ces prières ? Et ce lit ? Les pattes boueuses la mènent vers la falaise. Reviendra-t-elle ? La montagne a-t-elle une loi ? Réclamera-t-elle un autre territoire ? Emportera-t-elle dans sa tombe une fleur de lys ? Quand surgit la clarté, du pauvre François il ne reste plus rien. Mais la faim, elle, demeure entière. Louve farouche, louve amante au réveil. En haut, la chair ; en bas, le sang ! Vomir l’âme pour un baiser de l’homme d’Assise ! Moi, je l’ai vue ! Parmi mes frères, je l’ai vue ! Avec l’ours et le sanglier ! Alpha de ma meute. Je l’ai vue. Une louve farouche qui ne voulait pas s’éveiller. Mais dans la forêt de notre tristesse, et à Versoix, comme nous, pour survivre, elle devait tuer. Danilo Rayo auteur : rédacteur occasionnel
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